Saison 3 – #4 Donner goût aux mots par l’écriture et le théâtre avec Marie Lacor, professeure de français

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L’écriture, Marie est tombé dedans lorsqu’elle était petite et en transmettre le goût à ses élèves collégiens de Seine-Saint-Denis est une mission qu’elle prend à coeur et pour laquelle elle déploie toute sa créativité. Mais comment faire quand on est une professeure débutante pour s’épanouir dans son métier et réussir à captiver et motiver ce jeune public aussi ingénu qu’exigeant? Pour Marie il faut à tout prix chasser l’ennui de sa salle de classe… Pour cela elle doit se renouveler sans cesse et créer ses propres outils en suivant son intuition, à l’image des ateliers de théâtre et d’écriture qu’elle organise pour ses élèves adolescents.

Son enfance créative : Marie grandit dans une famille à l’origine de films, romans et livres pour enfants. Toute jeune déjà, sa maman lui faisait écrire des livres pour l’occuper, les lui faisant illustrer de coupures de journal. Elle grandit sans cesser d’écrire des histoires, fictions, idées de série… cherchant toujours à nourrir et utiliser sa créativité tout en la désacralisant, voyant autour d’elles les nombreuses étapes du processus d’écriture par lesquelles passent ses proches.

05:39′ Chercher sa voie jusqu’à l’évidence. Elle s’imagine dans une premier temps institutrice, fait des études de lettres, se cherche, passe le concours presque par hasard. Mais le métier résonne avec son besoin de créativité et c’est comme une révélation. « Pour moi créativité c’est synonyme de ne pas s’ennuyer, c’est l’exigence d’être dans le renouvellement permanent. J’ai cherché un métier où je serais meilleure en n’étant pas routinière, en changeant mes cours tous les ans ». Elle débute sa carrière en Seine-saint-Denis. Parachutée sans préparation pour sa première rentrée, elle commence en reproduisant ce qu’elle avait reçu en tant qu’élève et réalise vite que les jeunes qu’elle a en face d’elle sont bien différents de ce qu’elle avait été, moins favorisés, et décide de s’affranchir des théories de pédagogie pour suivre son intuition. Sans formatage, l’inconnu la force à créer ses propres supports, adaptés à elle et ses classes.

10:16′ À élèves particuliers, attitude adaptée : Marie nous explique que contrairement à ce qu’on pourrait croire ces élèves ont besoin de cadre, de régularité, de structure. Se donner une posture, une distance, ne marche pas avec eux. Selon elle il faut surtout de la sincérité, de l’honnêteté. « Les élèves sont un miroir, ils vous renvoient exactement ce que vous leur envoyez ». Sur des exercices d’écriture, ces jeunes ont besoin d’avoir confiance en leur enseignant pour, au delà de leur savoir, mettre vraiment leur personnalité sur la feuille. C’est donnant-donnant!

13:30′ Des projets extra-scolaires pour aborder le français d’une autre manière. Marie nous parle de l’atelier de théâtre / écriture / cinéma qu’elle développe et anime. Apportés par des associations locales (et financés par le département), ces projets sont co-animés par un intervenant professionnel. Le produit final est un film, un petit livre édité, un résultat très concret que les jeunes peuvent partager avec leurs proches. L’absence de note lève une grosse angoisse et, de fait libère la créativité, favorise la discussion. Pour aider les participants à lâcher prise il faut les rassurer avec beaucoup de bienveillance et les décomplexer sur l’orthographe (qui est leur premier frein en cours de français), c’est le regard de l’adulte qui donne le feu vert! 

21:08′ Des outils pour les aider à avancer et éveiller leur créativité : Marie insiste sur la bienveillance et la sincérité pour accompagner la critique – nécessaire et efficace tant qu’elle est constructive. Ce sont des générations qui ont une attention parfois limitée et qui ont besoin que ça bouge. Les temps longs de rédaction sont pour les jeunes une vraie souffrance. Aussi diviser une heure de cours ou d’atelier en plusieurs moments est indispensable. Et Marie souligne l’importance d’apporter de l’image, de fractionner les exercices pour créer un vrai rythme.

24:25′ La créativité dans l’interprétation d’un texte. C’est peut-être ce qui fait toute la différence et qui rend les élèves acteurs de leurs apprentissages : Marie nous explique que la créativité n’est pas seulement dans la production mais aussi dans la réception, et qu’elle est essentielle pour appréhender la littérature. « On écrit son histoire sur l’histoire que l’autre a écrite. Je veux faire comprendre à mes élèves que l’écrivain est un artisan ». Pour cela elle leur montre des brouillons raturés d’écrivains, ou la fameuse correspondance de Flaubert qui écrit chaque jour « je n’y arrive pas ». « L’histoire n’est pas cette entité parfaite qui prééxiste et que l’écrivain retranscrit comme un scribe. Une fois qu’ils ont compris ça, qu’ils ont découvert les figures de style (« Est-ce que vous êtes conscients qu’on vous a fait rire? »), ils peuvent envisager qu’un récit est plus ouvert qu’il n’y parait, qu’il y a plusieurs interprétations. La spontanéité de ses élèves offre alors à Marie des débat passionnants sur les textes qu’ils étudient ensemble! 

31:05′ Entraîner les élèves à la prise de parole. Pour aider les collégiens à exprimer leur idées, il faut sans relâche les aider à surmonter la grande frustration liée à leur manque de vocabulaire (le « oui mais je sais pas dire ») et ouvrir leur champ des possibles. Pour Marie rien de mieux pour cela que la mise en lien avec le vécu pour s’approprier et discuter d’un texte… Et passer d’une lecture ressentie comme une agression à un parallèle avec des situations de leur quotidien – à l’image des Précieuses Ridicules de Molière, lu par le prisme des relations garçons-filles! Un grande victoire à la clé pour l’enseignant!

36:55′ Dans les étoiles de Marie… on commence par jouer une partie de téléphone secret, pour (re)rentrer dans la peau d’un(e) ado – populaire si possible, et donc doté(e) d’un bagout certain et d’un sens de la punchline à toute épreuve. Et sur le terrain de l’humour et du culot, on a évidemment demandé à Marie un florilège des rédactions les plus surprenantes, de ses propres « blagues » aux élèves et autres choses inavouables qu’on ne transcrira pas dans cet article! : -)

Car si elle ose de temps en temps improviser un cours sur un texte pioché en dernière minute, Marie n’hésite pas non plus à mettre cartes sur table et à dégainer la dictée ou l’interro surprise.

Finalement donner le goût d’écrire aux enfants c’est comme cuisiner. Il faut leur mettre les ingrédients entre les mains, leur expliquer comment combiner les éléments pour produire certains effets, et leur donner carte blanche. « Écrivez, faites écrire, c’est un exercice extraordinaire! »

Une base de passion nappée d’inventivité et saupoudrée d’une bonne dose d’humour… c’est la recette personnelle que Marie met au service de son métier d’enseignante. En continuant elle-même à s’amuser et à créer au quotidien pour ses élèves, elle illustre à merveille l’utilité de jouer et manipuler les textes pour s’approprier des concepts et développer son sens critique. À un âge où la confiance en soi est indispensable pour continuer à exprimer sa créativité de l’enfance, les encouragements et la bienveillance des adultes donnent des ailes. À bon entendeur!

Écriture, production & réalisation : Marylène Ricci et Hélène Marois

Montage : Titouan Dumesnil

Générique : « Liberate », Immersive Music