Saison 3 – #2 Créer du dialogue grâce à la médiation thérapeutique avec Tania Schirmann, psychothérapeute

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La créativité, un formidable outil thérapeutique pour extérioriser ses émotions? C’est ce pouvoir de la création qu’utilise Tania Schirmann pour accompagner des enfants et adolescents en situations de handicap et leurs familles. Tania a fait cette démarche personnelle de comprendre les différentes facettes de sa propre créativité, celle de son enfance, celle qu’elle utilise au quotidien ou celle qu’elle a pu se découvrir dans différentes expériences comme le jeûne. Une démarche qui lui permet de mieux aider ses jeunes patients à exploiter la leur pour comprendre de qu’ils ressentent, pour s’ouvrir au dialogue et panser leurs blessures psychiques.

Pour filer la métaphore sur le thème de la cuisine, un domaine cher à notre invitée, nous donnerions pour décrire Tania cette recette de potion légère : une pincée d’ailleurs, un soupçon d’empathie, quelques grammes d’invention et beaucoup, beaucoup d’écoute!

Tania aime les mélanges de saveurs à l’image du croisement de ses origines malgaches et allemandes. Elle nous décrit une enfance créative et multiculturelle pendant laquelle elle accumule des petits trésors ramassés dans la nature, bricole et s’imagine des histoires. Elle se souvient aussi du moment où ça s’est arrêté, à l’entrée à l’école à 6 ans… Très tôt, cependant, elle s’imagine « trouver un travail en lien avec l’humain pour contribuer avec son épanouissement, et plus particulièrement avec les enfants, à cet âge de tous les possibles ».

 06:45′ C’est une première expérience sur le terrain, dans un orphelinat, au Vietnam, qui lui donne envie, à son retour en France de travailler à l’amélioration de l’inclusion des individus en situation de handicap.

10:02′ Tania est aujourd’hui psychologue clinicienne. Elle enseigne d’ailleurs une part de son temps à l’école des psychologues praticiens dont elle est elle-même diplômée. Elle travaille aujourd’hui dans un institut médico-éducatif (Groupe SOS) accueillant des enfants et des jeunes présentant une déficience intellectuelle, de 6 ans à 22 ans. En tant que psychothérapeutes, il faut trouver un terrain de communication adapté à chacun – c’est là que les arts plastiques ouvrent des portes, et Tania a essentiellement recours au dessin et au modelage avec ses patients.

La création comme moyen d’expression, l' »art-thérapie » jusqu’à la sublimation. 

13:04′ Chez les plus petits, la créativité est déjà l’oeuvre au moment où ils se choisissent un « objet transitionnel » (le fameux doudou permettant de compenser l’absence du parent), en grandissant, le dessin devient le médium principal comme miroir du monde intérieur. Le dessin peut remplacer les mots quand ceux-ci ont du mal à sortir et, au delà des interprétations qui existent (taille, emplacement des personnages…) c’est la mise en lien du dessin et de l’entretien avec l’enfant, pendant ou après qu’il dessine, qui permet de construire un dialogue et une relation lui permettant de comprendre ses pensées et de mettre des mots sur ses émotions. Tania nous explique que « le dessin de l’enfant est adressé, qu’il signifie quelque chose de son vécu interne. » 19:46′ Elle poursuit avec l’exemple d’une petite fille présentant une disharmonie qui se dessinait dans le ventre de sa maman et en est progressivement sortie via le dessin aussi. Les enfants savent le plus souvent très bien ce qu’ils veulent sur les modalités d’inclusion de leur(s) parent(s) dans leur prise en charge. Et utiliser le parent pour re-raconter l’histoire de la naissance, de la petite enfance, peut être thérapeutique. 24:55′ Elle nous parle pour terminer du groupe thérapeutique à médiation plastique autour de l’argile qu’elle a créé dans son institut médico-éducatif. Les enfants sont face à la matière, sa couleur, les traces qu’elle laisse, il peuvent la malmener… Un support intéressant pour soulager des pulsions.

Ainsi pour Tania, le dessin se révèle un bon outil de compréhension du lien avec la famille ou de résolution de traumatisme. L’argile, pour sa sensorialité, sa régréssivité, comme tiers, comme curseur, dans la réception des émotions.

24:13′ L’art-thérapie – d’après le Dr Jean-Pierre Klein – “c’est de partir, dans le cadre d’un processus créatif, de ses douleurs, de ses violences, de ses contradictions pour en faire le matériau d’un cheminement personnel. Du pire naît ainsi une construction, une production qui tend vers l’art.”

31:00′ Au bout du chemin de l' »art-thérapie » le lâcher-prise jusqu’à la sublimation : On parle de sublimation quand une activité se détache de la pulsion sexuelle (simple plaisir d’assouvissement) et se dirige vers un objectif valorisé par la société (sensation d’accomplissement de soi). 33:51′ Et la meilleure conclusion reste cette citation du neurologue anglais Joseph Collins (1866-1950) : Le monde ne se rendra jamais compte de ce qu’il doit aux névrosés1, et encore moins de ce qu’ils ont souffert pour nous prodiguer leurs dons. Nous prenons plaisir à la bonne musique, aux beaux tableaux, aux beaux livres, aux milliers de choses exquises, mais nous ignorons ce qu’il a coûté à ceux qui les créèrent dans l’insomnie, les larmes, l’angoisse, la misère, les rires spasmodiques…

 36:45′ En voyage vers les étoiles de Tania, on apprivoise les monstres nocturnes avec une potion magique de sa préparation et s’évade via la cuisine, le territoire où Tania exerce son inventivité avec le plus de plaisir. Est ce qu’on peut comparer l’appétit pour manger et l’appétit pour créer? Pour Tania le point commun est le bien-être et l’épanouissement qu’ils procurent. Une connexion qu’elle explore profondément via une expérience annuelle de jeûne d’une semaine qu’elle décrit comme un espace-temps très particulier dans lequel elle trouve une disponibilité et une clarté de réflexion auxquelles elle n’a pas accès ailleurs. Une sorte de sas, hors du temps et des besoin physique, qui donne accès à une autre lecture des choses et des idées…

De sa créativité personnelle qu’elle continue d’explorer et d’apprivoiser, Tania puise les ressources pour imaginer les activités et trouver les mots qui aideront ses jeunes patients à utiliser la leur, avec les crayons qu’elle met dans leurs mains.

Pour aller plus loin :

Comprendre et interpréter les dessins d’enfants – 2e édition, Georges CognetAnna Cognet, collection Enfances, 2018, DUNOD

Écriture, production & réalisation : Marylène Ricci et Hélène Marois

Montage : Titouan Dumesnil

Générique : « Liberate », Immersive Music