Saison 1 – #4 Sculpter le son comme un objet avec Benoît Sitzia, compositeur

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Pour Benoît Sitzia, compositeur, fondateur du Collège Contemporain et directeur adjoint de l’ensemble Ars Nova, la musique est un matériau que l’on doit appréhender, fissurer, pour se l’approprier. A voile gonflée à travers l’histoire de la musique, du classique au contemporain, celui qui se qualifiait comme « mauvais élève » dans son apprentissage musical nous a parlé de transgression, d’obstination et de singularité, et aussi de poésie et d’innovation.

Nous avons rencontré Benoît en novembre 2019, à l’occasion du festival Innovasound dont il est à l’initiative, et qui a pour objet la rencontre entre l’humain et la technologie en utilisant le médium de la musique. Il nous a raconté son cheminement vers la composition musicale, qu’il a étudiée notamment au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris.

Pour revenir aux origines, Benoît a qualifié son apprentissage de la musique d' »aventure« , tout de suite marquée par l’indiscipline – une volonté de faire les choses à sa façon. La musique a toujours fait partie de sa vie, dans des styles très variés. Mais comme il le dit « faire de la musique ce n’est pas forcément faire d’un instrument » et c’est l’univers complet de la musique qui le fascine, comme espace de découverte. Il débute par un peu de piano à 7ans, puis enchaîne avec la guitare classique – mais plutôt J-S. Bach que Jimmy Hendrix, peut-être à la recherche de sa propre singularité. Il évoque notamment sa découverte de Turibio Santos et son répertoire de guitare espagnole romantique classique.

A 8:00′ On a commencé à aborder la composition. Il n’y vient pas tout de suite dans son parcours car il la pense réservée aux génies, aux détenteurs de l’oreille absolue, jusqu’à comprendre que la travail pouvait y mener, que l’oreille se muscle, à l’image de J-S.Bach qui a appris la musique en recopiant celle de ses aînés. En citant Igor Stravinsky et Pierre Boulez il nous explique que la composition est pour lui d’abord un art de la transgression permanent et la musique un objet qu’on chérit et qu’on détruit à la fois. Et la capacité à improviser ne vient pas d’autre chose que d’un travail litanique de création qui fissure l’objet musical pour en extraire quelque chose à soi. Attention cependant car quand on connait son instrument on a tendance à écrire que pour lui, c’est un peu un piège.

Plus que la recherche du beau c’est la transformation qui l’intéresse. Pour Benoît quand on créée il faut accepter la diversité pour ne pas s’enfermer… Cela l’amène à nous parler d’un instrument singulier, l’orgue (qu’il a pratiqué après la guitare), sa puissance et son imaginaire sonores. Avec la diversité des sons qu’il peut produire, il permet de composer avec une dynamique quasi orchestrale.

14:45′ On s’est penché sur la musique baroque, qui est plus codifiée qu’elle ne le laisse penser, mais laisse une ouverture à l’improvisation comme le jazz d’aujourd’hui. A l’image de Bach qui improvisait ses fugues pendant les services.

Ses premières envies de compositions lui viennent quand il commence à avoir envie de réinterpréter certaines oeuvres qu’il étudiait en cours « pour qu’elles sonnent mieux ». « Moi je pensais (depuis toujours) qu’on faisait d’un instrument pour écrire de la musique. J’ai toléré très rapidement le solfège pour cela, j’en demandais même plus pour pouvoir écrire ce que j’imaginais musicalement pour mon instrument, mais sans me penser compositeur. » Sa légitimité comme compositeur lui vient avec l’obstination dans le travail.

Benoît Sitzia sur Souncloud

21:30′ « Les musiques de création ». Pour beaucoup de monde être compositeur de musique classique contemporaine semble abstrait tant cette musique semble pour beaucoup d’entre nous appartenir au passé. Pour Benoit pour la valoriser il faut proposer une expérience autour de cette musique – via notamment des dispositifs immersifs. Et pour lui, cette ouverture va faire entre la musique dans une nouvelle ère – celle des « musiques de création ». Benoît s’intéresse tout particulièrement au développement de la réalité virtuelle, qui permet d’explorer la visualisation d’image via le son. Et le son, dans sa dimension vibratoire, est un matériau que le corps et l’esprit peuvent vivre. Benoît, plus que le beau, recherche une sorte de poésie – cette façon de regarder un lieu commun sous une lumière très intérieure, et c’est cette nouvelle définition qu’on veut transmettre aux autres.

Le Collège Contemporain

Un regroupement de musiciens et d’artistes destiné à la conception et à la réalisation de projets musicaux créatifs et innovants, créé en présidé par Benoît Sitzia.

Ars Nova

Espace d’incubation et d’expérimentation musicale et artistique #mutantparnature

31:20′ 2de partie – Dans les étoiles de Benoît on a parlé de rapport au temps, d’éphéméride. On s’est projetés dans la poésie musicale des premiers hommes, du lien entre la musique et le toucher – de son ressenti des cordes et aux touches, de communion entre interprètes.

Entre ordre et désordre Benoît se créée facilement sa bulle pour composer et se sent facilement chez lui partout. Il compose aussi sur d’autres terrains comme la cuisine, et comme en musique et aussi en parfumerie, il souligne le risque de mettre l’ingrédient de trop, et la nécessité de sélectionner et faire le deuil de ce que l’on a mis de côté! Comme Alexandra Carlin le racontait avec le parfum dans l’épisode 2, il travaille aussi sur des accords personnels qu’il va distiller pour n’en garder qu’une essence…

Pour Benoît la musique est une matière d’images et de sensations qui s’appréhende avec ses mots et ses émotions. Peut-être par ce qu’il a dès le début voulu « faire à sa façon », il s’exprime avec beaucoup de créativité et de liberté dans la musique classique, et voit en elle un terrain d’expérimentation et d’innovation qui n’a pas fini de nous surprendre.

Extrait musical diffusé : « Agogique du Silence » avec l’ensemble Chromosphère (saxophone : Raphaël Jaffiol, Accordéon : Lisa Heute, prise de son : Hugo Scremin),

avec l’aimable autorisation de Benoît Sitzia

Ecriture, production & réalisation : Marylène Ricci et Hélène Marois

Montage : Titouan Dumesnil

Générique : « Liberate », Immersive Music