Saison 1 – #1 Incarner sa musique avec Susan Manoff, pianiste

Pour cette toute première conversation, c’est la pianiste franco-américaine Susan Manoff qui nous a chaleureusement reçues chez elle. Entre quelques arpèges sur le clavier, elles nous a parlé des premières notes de son enfance, d’écriture, d’incarnation et aussi du silence.

Elle commence par nous raconter son éveil au piano, au toucher, transmis par sa mère puis ses professeurs via la curiosité et le jeu, et leurs attentions bienveillantes qui la placent au centre de son monde et la guident dans sa créativité via l’écoute de ses émotions.

A 08:45′ elle parle du silence comme émotion fondatrice, et de l’ouverture de la messe en Si de Bach. « Le silence est-ce que c’est rien ou est-ce que c’est tout? »

Puis à partir de 12:40′ on a parlé de sophrologie et de l’importance du travail mental et de l’association aux gestes pour la mémorisation, l’appropriation d’un morceau. Pour elle la vocalité, le souffle et le mouvement sont indissociables de sa pratique au piano.

Elle évoque la poétesse Mary Oliver qui a dit « j’ai été sauvée par la beauté du monde », et le compte amérindien « Good wolf bad wolf » – La créativité passe aussi par des sentiments durs, « parfois on se replie, on rampe, on crache dans l’ombre de nous même » – Bon loup ou mauvais loup, celui qui gagne c’est celui qu’on nourrit!

A 22:00′ on a ensuite parlé plus de son lien au autres, de la rencontre, l’adéquation, l’équilibre à trouver entre le musicien et le chanteur, de la continuité du travail et de la scène. Elle évoque cette part d’égo qu’il faut assumer.

A 28:00′ Elle nous parle de son rituel d’écriture quotidien – 3 pages à la main au réveil – qu’elle a initié après avoir lu le livre de Julia Cameron, « The artist’s way ». « L’imagination est juste là, est-ce qu’on a le courage de l’appliquer à nous-même? » Observer qui elle est, ses croyances, dépasser ses frustrations et le regard des autres, coucher ses sensations sur le papier… Prendre rendez-vous avec soi-même tous les matins.

A 32:00′ On a parlé de poésie et d’incarnation d’un morceau. Quelle main on met dans la matière? Susan mime et danse ses pièces, dessine dans ses partitions… utilise les symboles et le mouvement pour intégrer la musique, l’ancrer dans sa mémoire.

A 34:30′ Elle nous a raconté 2 moments de magie sur scène. Le premier, celui d’un concert ou elle a senti ce qu’on pourrait appeler un « flow » : Ces morceaux de Bach qu’elle a étudiés et joués : « je les ai sués, je les ai vécus je les ai aimés, je me suis roulé dans leur boue, je les ai mis en plein soleil, je les ai pris dans la nuit » jusqu’à sentir ce moment extraordinaire « d’avant la peur », « au dessus de moi », une osmose organique pas ressentie depuis l’enfance… Le second c’est un concert donné au lendemain des attentats du Bataclan au Théâtre des Champs Elysées, « une rencontre avec qui je suis », l’émotion du silence et d’une bougie posée avant l’infinie joie d’une sonate de Mozart pour violon et piano.

A 41:20, Susan imagine spontanément pour nous un paysage qu’elle va fouler de ses pieds

A 46:40 on a parlé de son rôle au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, de sa façon d’inviter les étudiants préparer un rôle à travailler un répertoire comme une matière, d' »écouter avec les yeux » et « voir avec les oreilles », de chanter les sons de la musique, ou encore « tomber amoureux d’une langue qui n’est pas la nôtre ».

Pendant tout notre entretien, Susan tient dans ses mains et manipule un petit bâton de bois. Objet transitionnel ou de concentration? Elle nous a confié plus tard qu’elle aime se choisir un objet pour l’accompagner dans ses moments de création.

Susan nous a dit « La créativité, la curiosité et l’amour des autres sont au centre de ma vie », et c’est une évidence pour ceux qui la connaissent. L’humour, pour elle, est primordial, et la joie qu’elle a de jouer, son sourire quand elle est au piano la rendent particulièrement attachante!

Morceaux diffusés :

JS Bach, Messe in h-moll, BWV 232, Kirie Eleison, Peter Schreier

« The Desire For Hermitage » et « Songs My Mother Taught Me » issus de « Long Time Ago » le dernier album de Susan Manoff en duo avec la mezzo soprano Adèle Charvet

Ecriture, production & réalisation : Marylène Ricci et Hélène Marois

Montage : Titouan Dumesnil

Générique : « Liberate », Immersive Music

Ecouter encore Susan : Ses grands entretiens sur France Musique (5 épisodes)

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